Exclusif : Le professeur agressé répond à Infos-Bordeaux

Publié le 19 septembre 2012 dans Actualités, Politique

Exclusif : Le professeur agressé répond à Infos-Bordeaux

Suite à notre article Le professeur agressé met en cause « la catholaïcité », Christophe Varagnac a contacté Infos-Bordeaux afin de faire entendre son point de vue. C’est donc à cette occasion que nous avons posé quelques questions à ce professeur d’histoire-géographie du lycée de Tregey de Bordeaux-Bastide.

Infos-Bordeaux : Pourquoi-vous en prendre à la « catholaïcité » ? En quoi l’identité chrétienne de la France vous pose problème ?

Je m’en prends à la « catho-laïcité » car j’entends être un minimum cohérent. La loi de 1905 parle de « laïcité » tout court… et c’est à cela que je me réfère. La formulation de votre question laisse par ailleurs entendre que vous entérinez vous-même l’existence de la « catho-laïcité ». Si tel est le cas, cela confirme mon impression : une hypocrisie règne à ce sujet. J’aime que les choses soient claires et attache une importance essentielle aux mots, dont le sens doit être respecté sous peine de fausser le débat.

Ensuite, « l’identité chrétienne » de la France ne me pose pas de problème majeur. Ce que je conteste, c’est le présupposé idéologique selon lequel l’identité de la France se réduirait à cela.  Je crois nécessaire de rappeler ici quelques données historiques des plus basiques. La France en tant qu’état-nation possède déjà des racines bien antérieures au judéo-christianisme : la Gaule celtique et druidique, avec son propre paganisme (salut Astérix, par Toutatis !), prolongée par la période gallo-romaine qui a engendré un premier métissage avec d’autres cultes païens et surtout une culture philosophique dont, par exemple, notre Droit est encore imprégné.

L’identité chrétienne en tant que phénomène de civilisation dominant est un concept valable pour la France de Clovis jusqu’en 1789. Par la suite, la France commence plus ou moins à s’en affranchir : les Lumières, puis les Scientistes, les Républicains ont bouleversé le paradigme hexagonal.

Aujourd’hui, le christianisme se maintient, pour la majorité de la population, par un vague attachement culturel mais guère plus. La désaffection des églises ou des vocations de prêtres suffisent à le prouver. En fait, athéisme, agnosticisme et déisme me semblent mieux définir l’identité spirituelle de la France, ce pays paradoxal. Rien ne se perd, rien se crée, tout se transforme…

N’est-ce pas aux nouveaux arrivants de se fondre et d’adopter la culture du pays qui les accueille ?

Tout dépend de ce que vous identifiez comme culture d’accueil, déjà. Estimant que notre culture actuelle est protéiforme mais officiellement laïque, il est possible de réaliser cette intégration. Il faut pour cela, naturellement, que les nouveaux arrivants adoptent au moins un dénominateur commun, qui peut et doit être selon moi la République. Une grande partie du décalage culturel de certains nouveaux arrivants pourrait être relativisé si la République s’appliquait pleinement, sans complexe. Il faut juste faire des ajustements; le principe restant noble à mon sens. C’est justement l’optique de mon combat actuel.

Ne pensez-vous pas que l’immigration de masse en France pose de nombreux problèmes dans l’Éducation nationale ?

Elle en pose partout, parce que mal préparée et mal suivie. Selon moi, le problème numéro un de la Grande Maison, c’est le déficit théorique et pratique d’autorité. Et ce phénomène touche toutes les classes sociales. Même les petits bourgeois bien mis… Je dénonce inlassablement le culte de l’enfant-roi, ce tyran consumériste à qui l’on se refuse de rappeler la vraie hiérarchie de toute société digne de ce nom.

Que faut-il faire pour protéger la laïcité au sein de l’école ?

Elle sera respectée si cohérente, et sera cohérente si elle se dégage de la catho, voire christiano-laicité (car je rappelle que certains Protestants évangéliques par exemple commencent eux-aussi à bafouer cet idéal). D’où le lien selon moi avec ce que j’exprimais précédemment sur l’autorité. La laïcité doit tout simplement s’appliquer à la lettre. Je m’insurge contre le fait que des gamins se permettent de jurer « sur le Coran de la Mecque » (expression d’autant plus provocatrice que ceux qui la prononcent l’ont rarement lu !). A mes yeux, c’est un signe ostentatoire totalement contraire à l’esprit laïc. Mais pour être crédible dans cette interdiction, il faut respecter l’analogie avec d’autres signes, comme le sapin de Noël. Cette dernière proposition fait jaser, j’en suis conscient. Je lis et entends des choses étonnantes à ce sujet.  Je n’ignore naturellement pas que la partie « sapin » est païenne, ce qui est déjà suffisant pour l’interdire puisque le paganisme est une religion. Non ?

Pour la partie « Noël », lors de l’angélus dominical du dimanche 19 décembre 2004, le pape Jean-Paul II a donné l’explication suivante concernant le sapin de Noël : « [ …] On trouve souvent à côté de la crèche le traditionnel sapin de Noël, une tradition elle-aussi très ancienne, qui exalte la vie. En hiver, le sapin toujours vert devient la marque de la vie qui ne meurt pas. C’est habituellement au pied de l’arbre de Noël décoré que sont déposés les cadeaux. Ce symbole est tout aussi parlant en clef de lecture chrétienne car il rappelle l’Arbre de la Vie, image du Christ, don suprême de Dieu à l’humanité. Le message du sapin de Noël est donc que la vie reste verte et qu’elle est un don, non matériel mais d’elle-même, dans l’amitié et l’affection, dans l’entraide fraternelle et le pardon, dans le partage et l’écoute de l’autre ».

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Les réactions sont terminées

  • colococo2
    19 septembre 2012 à 10:02 |

     » La laïcité doit tout simplement s’appliquer à la lettre « .

    Un vrai Mariniste, QUOI!

    • Baudoin
      19 septembre 2012 à 10:10 |

      « Il faut pour cela, naturellement, que les nouveaux arrivants adoptent au moins un dénominateur commun, qui peut et doit être selon moi la République. »
      Donc ils doivent tous devenir des républicains, tous être politisés ? Et leur liberté ? Un marocain ami du roi du Maroc doit renier ses convictions politiques pour devenir Français ? On est bien en république, pas en démocratie quand on affiche ce genre de convictions. La liberté ne peut en aucun cas empêcher les gens d’avoir des convictions, donc ne doit pas non plus leur en imposer.

      • colococo2
        20 septembre 2012 à 09:27 |

        Le second dégré ne semble pas etre de votre niveau ………Ceci dit:

        Ce prof semble etre un pur produit du formatage gôchiasse de l’Education dite par anti-thèse Nationale .
        Je viens de l’ entendre ce matin sur RTL ( eh oui! c’ est devenu une vedette nationale ..)…
        Cela doit faire mal de se prendre toutes ses convictionS vous revenir en boomrang dans la figure …..

  • BOUBERT
    19 septembre 2012 à 10:25 |

    La réaction et les explications de ce professeur sont apparemment empreinte de bon sens.
    En réalité à travers la dialectique il faut savoir ce que cela veut dire et sous entendre.
    on ne peut faire que des suppositions et ce n’est pas souhaitable, pour ne pas déformer la pensée de la personne.
    Toutefois il me semble qu’il doit y avoir un équilibre entre les faits:
    – revenir à la constitution de la France depuis les gaulois est intéressant mais un peu dépasser
    – Le christ a enseigné une religion d’amour et de paix, or c’est cela qui dérange un certain nombre de personnes.
    – je ne connais pas d’autre religion qui promeut cela. C’est pourquoi il est nécessaire de se soutenir et de continuer à défendre cette conception et la défense de la vie sous toutes ces formes.

  • Urbaniak
    19 septembre 2012 à 11:36 |

    Quand on entend les explications de ce professeur, on pourrait penser que le syndrome de Stockholm s’est développé. Apparemment il ne se souvient plus quelle culture l’amené à être l’enseignant qu’il a pu devenir !

  • Gargamel
    19 septembre 2012 à 13:45 |

    « Aujourd’hui, le christianisme se maintient, pour la majorité de la population, par un vague attachement culturel mais guère plus. La désaffection des églises ou des vocations de prêtres suffisent à le prouver. En fait, athéisme, agnosticisme et déisme me semblent mieux définir l’identité spirituelle de la France, ce pays paradoxal. »
    Merci pour ce grand moment je me bien marré. D’une part il n’est pas exclu que les athées/agnostiques se satisfont de baigner dans une culture judéo-chrétienne avec ses us et coutumes ; être athée/agnostique n’oblige pas à faire preuve d’un anti-cléricalisme absolu. D’autre part, ce monsieur occulte un autre problème : le prosélytisme et les revendications politico-communautaristes (écoles, entreprises, etc.) de musulmans de plus en plus nombreux ; et je ne parle pas des salafistes ! Par pitié arrêtez de nous bassiner avec cette poignée d’abrutis : les plus dangereux sont les plus silencieux… Quand j’entends le dessinateur Charb chantonner le refrain habituel « il n’y a qu’une minorité d’intégristes dans l’islam », je le trouve touchant de naïveté. Combien de musulmans seraient aujourd’hui pour la liberté d’expression concernant la une de Charlie Hebdo ? Pourquoi aucun journal ne fait ce sondage ?

  • Nathalie
    19 septembre 2012 à 14:54 |

    Références historiques et culturelles : Astérix.
    Fêtes réclamées : fêtes druidiques.

    Sinon, n’en déplaise à certains, la laïcité se définit bien pas « athéisme ». La république laïque est bien athée.

    Or, c’est ce que ce monsieur entend imposer à tous. C’est à dire museler tout le monde, et particulièrement les chrétiens, qui ne lui ont rien fait, mais qu’il rend responsable de son agression par un garçon …. musulman.

    Allez savoir par quelle opération il en est venu à ce raisonnement, il ne donne pas d’explication sur ce phénomène qui relève de la magie.

  • Gargamel
    19 septembre 2012 à 16:27 |

    A lire sur le Monde un article très intéressant sur cette imposture (une de plus) selon laquelle le prophète ne pourrait pas être représenté : http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2012/09/19/figuratif-representer-le-prophete-est-il-vraiment-interdit-par-le-coran/

  • Gargamel
    19 septembre 2012 à 20:22 |

    Je repense à quelque chose en voyant à l’instant sur France 2 l’interview de la mère du 1er soldat tué par Mohammed Merah : comme pour certains de mes amis musulmans, cette dame explique qu’elle a réussi à élever son fils dans les 2 cultures, en prenant pour exemple le sapin de Noel à la maison. Y’en a ras-le-bol de ces faux débats sur l’intégration/assimilation. Retournons aux fondamentaux et cessons de nous écraser comme des carpettes. Nos enfants nous le reprocheront. CQFD.

  • Sezor
    20 septembre 2012 à 05:11 |

    Beaucoup de charabia, manque de cohérence et esprit manipulateur comme le montre le début puisqu’il accuse le journaliste de valider la valeur d’un mot alors qu’il ne fait que son métier en demandant au créateur du mot de le définir.

  • SAMUEL
    21 septembre 2012 à 22:10 |

    Ce monsieur est trop jeune pour avoir vécu le bon temps des années post-soixante-huit où ses aînés interdisaient d’interdire; idem les années 80 où nos grands intellectuels de gauche nous assénaient « touche pas à mon pote », « l’immigration, un chance pour la France », « vive le multiculturalisme…le communautarisme » etc, etc… et il comprendrait comment aujourd’hui un professeur peut être touché (euphémisme) par un pote issu de l’immigration. Mais je le rassure, toutes les victimes ne donnent pas une pareille publicité à leur mésaventure, et elles sont innombrables! Et je l’invite à visiter les prisons françaises, assister aux audiences correctionnelles, à prendre l’avis des policiers et magistrats qui sont confrontés quotidiennement et à forte dose à cette délinquance, à cette violence, ces incivilités, ce racisme… et il réalisera peut-être ce qu’il en est de l’intégration. Et comme d’hab, pour parfaire son éducation, je l’invite à consulter ce fichier officiel du ministère de l’intérieur: http://www.avisderecherches.interieur.gouv.fr/personnes1.asp?T=R. Tout ça pour dire que, pour ne pas avoir choisi son immigration, pour se l’être laisser imposée, on en est arrivé à devoir la subir. Et à mon humble avis, ce n’est qu’un début, démographie oblige… Mais bon, comme pour la dette, on refilera tout ça à nos enfants…

  • Nathalie
    23 septembre 2012 à 13:25 |

    Le sapin de noël ? Mais, je n’en fais pas de sapin à Noël, et je connais bien d’autres chrétiens qui n’en font pas, vu que ce n’est pas spécialement chrétien, mais bien plutôt commercial donc un symbole consumériste et par conséquent païen.

    • Lothaire
      23 septembre 2012 à 14:38 |

      Nathalie, si le sapin de Noël n’a effectivement rien de chrétien, ses origines sont en fait bien antérieure à la naissance de cette religion. En conséquence, il n’a absolument rien de « consumériste ». C’est l’interdiction faite à chacun d’aller couper son arbre qui a fait naître un commerce de ce qui est une tradition plurimillénaire. L’Eglise a de son côté longtemps tenté d’en interdire la perpétuation.
      Si Benoît XVI y est si attaché, c’est en réalité plus sûrement en tant qu’Allemand qu’en tant que chrétien. Il ne fait qu’accorder sa foi sur l’air de la tradition, la sachant immuable.

      Ceci étant dit, ce professeur de Bordeaux pour qui ce sapin « pose problème » ne fait que démontrer toute l’étendue de son imbecillité et de son ignorance.
      A mon avis, son cassage de gueule n’est que justice immanente. Il est d’autant plus savoureux que qu’il se soit fait rectifié par l’un de ses petits protégés mahométans pour qui il avait les yeux de Chimène, comme souvent les professeur de haine idéologique.
      J’espère que bien d’autres idéologues haineux dans son genre, continueront à se prendre la réalité en pleine face.

  • Nathalie
    23 septembre 2012 à 15:23 |

    Lothaire : Le sapin dit de Noël est l’effigie d’une période de consommation excessive et une opération commerciale très juteuse, c’est comme la semaine du blanc ou autre. C’est ainsi de nos jours, il est difficile de le nier.
    L’esprit de Noël, qui est de célébrer la Nativité n’est surtout pas là.

  • Nathalie
    23 septembre 2012 à 20:08 |

    En tous cas, c’est son heure de gloire : articles dans le journal, télévision, tout ça…. Il va pouvoir exposer sa doctrine, comme quoi il fait penser les autres, leur donne l’esprit critique, tout ça…

  • esprit libre
    23 septembre 2012 à 20:24 |

    Il me semble surtout compliqué et pratiquant un intellectualisme quelque peu dissolvant… Le lire donne une furieuse envie de prendre des comprimés d’aspirine…