Tribune Libre de Denis Parest : « Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre »

Publié le 21 mars 2012 dans Actualités, Politique, Tribune libre

Tribune Libre de Denis Parest : « Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre »

L’épopée sanglante du « tueur au scooter », alias « tueur au 11,43 », alias Mohamed Merah serait sur le point de s’achever. A l’heure où l’on écrit ces lignes, le dénouement de la traque menée par les services de police n’est pas connu. Politiquement, le mal est fait.

Et il était malheureusement prévisible.

Depuis l’assassinat en pleine rue de deux militaires d’origine maghrébine à Montauban, la piste de l’extrême droite était privilégiée, non pas par les services enquêteurs, mais par ceux qui se sont arrogés le statut de faiseurs d’opinion.

La tuerie de l’école confessionnelle juive de Toulouse a conforté tous ceux qui voyaient déjà dans l’acte d’un tueur unique, une manifestation du racisme et de la xénophobie d’une France rance, manipulée par des discours politiques nauséabonds (identité nationale, viande halal).

Immédiatement, la presse à l’unisson a dénoncé l’extrême droite, frissonnant de peur devant la perspective d’un Breivik français ; l’article d’Yves Harté publié dans Sud Ouest condense à lui seul le discours monopolistique de la classe médiatique : « Plus les heures passent, plus il semble se rapprocher d’un autre profil, celui du psychopathe de Norvège. Un jeune homme lisse, pâle et blond. Anders Breivik, qui tua 70 personnes dans une université d’été sur la petite île d’Utoya, à côté d’Oslo » « Prenons garde. Il y a des phrases qui vont comme des mouches noires, laissant derrière elles de putrides idées » entre autres passages, tous plus univoques les uns que les autres.

Seuls quelques-uns ont su garder la tête froide. Et bien leur en a pris. Car le discours antiraciste unanime s’est planté. Totalement et lamentablement. Bien loin de l’image du loup solitaire nostalgique des Einsatzgruppen, l’assassin serait un vulgaire terroriste islamiste. A un mois du premier tour des élections présidentielles, l’événement peut avoir des conséquences incalculables.

De fait, la classe politico-médiatique se retrouve désormais dans une position inconfortable (voir ci-dessous). Comment, en effet, condamner l’auteur et les actes, sans parler de sa motivation, alors que jusque là, l’on n’avait guère, en pointant du doigt des réseaux néo-nazis plus fantasmés que réels, fustigé que des motivations et non des hommes (que l’on ne pouvait identifier et pour cause) ?

La réponse est tout aussi simple que les discours sont uniformes : condamner, interdire, vouer aux gémonies tout amalgame et toute stigmatisation. De Jean-Luc Mélenchon (« notre premier devoir est de lutter contre les assimilations et stigmatisations haineuses à qui cette situation pourrait servir de prétexte ») à Nicolas Sarkozy (« nous ne devons céder ni à l’amalgame ni à la vengeance »), le ton est donné : nous avons un criminel, mais il serait encore plus criminel de tenter de comprendre ses actes et d’en tirer les conséquences.

Rassurez-vous, c’est loin d’être terminé. Guettez avec impatience les journaux télévisés de ce soir, de demain et de toute la semaine. Observez sans concession les débats de la campagne présidentielle où l’on ne manquera pas d’évoquer ces attentats. Vous n’y entendrez pas autre chose. Et l’on apprend à l’instant, pour corser le tout, que le CSA ne décomptera pas, jusqu’à nouvel ordre, les temps d’antenne pour les candidats qui parleront des tueries en question… devinez à qui cela profitera ?

Le salafiste est fou, le frontiste est un salaud. Le premier est à plaindre et à protéger, le second à éliminer. L’ennemi de la classe médiatico-politique est désigné.

C’est aussi simple que cela.

Tribune libre de Denis Parest pour Infos-Bordeaux

Nicolas Chapuis est journaliste politique au Nouvel Obs…. et Tristan Dessert journaliste RTS TV suisse (bureau de Paris)

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Les réactions sont terminées

  • boubert
    22 mars 2012 à 08:54 |

    une fois de plus cela n’étonnera pas les gens de bonne volonté, la France n’est pas tombée assez bas pour qu’un courant revienne apporter de la raison à un peuple qui croît ce que les journalistes n’écrivent que des choses vraies et vérifiées!!