Tribune Libre de Denis Parest : « Marianne passera-t-elle l’hiver ? »

Publié le 15 novembre 2013 dans Actualités, Politique, Tribune libre

Tribune Libre de Denis Parest : « Marianne passera-t-elle l’hiver ? »

« Marianne se meurt, Marianne est morte ». Entendra-t-on, un peu avant Noël, résonner cet éloge funèbre à la mémoire de la République française ? Maintenue par ses élites dans un coma profond, elle dépérit peu à peu, entraînant la France vers son tombeau.

La France se meurt socialement. La promotion de la société de consommation a érigé l’individualisme en valeur absolue. L’unité économique « individu » a tué l’homme, qui n’existait que par ses relations familiales et sociales. Là où étaient des frères, des fils, des voisins, des collègues ou des confrères, ne sont plus que des concurrents. Les derniers bastions de la société traditionnelle (les remparts naturels : famille, filiation) sont abattus.

La France se meurt intellectuellement. Les enfants, coupés tôt de parents trop occupés à ramener un maigre salaire, sont livrés à l’arbitraire d’un système qui n’a d’éducatif que le nom. Les méthodes des grands-parents sont rejetées comme trop inégalitaires, comme si l’élève n’avait pas à apprendre du maître mais devait découvrir en lui une vérité cachée. L’histoire, l’épopée des générations précédentes, est remplacée par le culte abject de victimes érigées en martyrs sanctifiés par la haine de l’homme blanc. Apprendre n’est plus qu’apprendre à se haïr.

La France se meurt physiquement. La détestation de l’état naturel des choses (que celui qui se demande « quel état naturel » arrête immédiatement de lire et de respirer) et le rejet de soi qu’elle engendre ont amené à n’accueillir comme notre prochain que le plus éloigné qui, différent, n’est pas affecté des mêmes tares que nous. L’idéologie du métissage, comme celle du genre, n’est qu’une vaste pénitence, imposée par ceux qui jugent notre existence révoltante, et appellent « haine » tout ce qui pourrait laisser penser à un réveil ou une concorde nationale.

La France se meurt politiquement. Jamais le mot « république », dans le sens noble que lui donnaient les romains après les Tarquins, n’a été aussi peu adapté, car jamais l’esprit des politiciens n’a été aussi éloigné de la chose publique. L’intérêt et le bien-être des français, qui devrait fonder leur action, sont devenus une variable d’ajustement. La diplomatie sert d’étranges intérêts bien éloignés de nos côtes ; à l’intérieur, la destruction du système immunitaire du pays semble être devenue une priorité.

La France se meurt économiquement. Conséquence de décisions étranges prises dans l’euphorie d’après-guerre, elle s’étouffe sous un système social pyramidal, dans un système fiscal labyrinthique et  un système monétaire chaotique. Ses comptes publics sont plombés par un déficit chronique, lui-même causé par la volonté quarantenaire de soumettre l’Etat à la spoliation massive qu’est l’économie du crédit. En échange d’une fausse monnaie immédiate, l’Etat, et par lui les citoyens présents et à venir, à leur corps défendant, se condamnent à payer des intérêts abyssaux, au seul profit d’une élite financière internationalisée. Et pendant ce temps, les enfants de France en sont réduits à survivre.

La république actuelle crèvera, soyez-en assurés. Ce n’est qu’une question de temps, et son temps se raréfie dangereusement. La seule réelle incertitude est de savoir si la France, celle dans la terre de laquelle reposent nos innombrables ancêtres et pour laquelle nombre d’entre eux sont tombés, mais que conspuent des élites dont l’ascendance française se résume à un papier administratif bien récent, si ce pays dont le nom était jadis béni des dieux, pourra survivre à une telle épreuve, ou si son cadavre tiendra lieu de totem honni par les générations à venir.

Tribune libre de Denis Parest pour Infos-Bordeaux

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Les réactions sont terminées

  • Romain46
    16 novembre 2013 à 15:05 |

    Diagnostic sévère non dénué de fondement…

    Mais sont-ce vraiment la République et la France qui se meurent ?

    On voit bien où l’auteur veut en venir… Toutefois la ruine à laquelle nous assistons n’est-elle pas plutôt celle d’un pouvoir inspiré par une idéologie libertaire mortifère, impuissant pour cette raison à tracer les voies d’un authentique renouveau ?

    Ce bilan, nous en portons nous aussi, collectivement, la responsabilité puisque les gouvernements précédents ont tout autant été impuissants à opérer la « rupture » avec le libertarisme.

    Ne nous trompons pas de cible…La République et la France ne demandent qu’à vivre : les familles à éduquer, les jeunes à se lancer dans la vie, les entreprises à entreprendre, les fonctionnaires à fonctionner, les enseignants à enseigner, les commerçants à commercer…les immigrés à vivre décemment et à participer activement au développement du pays.

    Ne voyons-nous pas que les Françaises sont parmi les premières européennes pour l’accueil de l’enfant et tout ça en menant souvent une vie professionnelle ? Quel plus beau signe de vitalité ? Rappelons-nous le fantastique « baby boom » qui a porté le redressement d’après-guerre a commencé sous Vichy…

    La France n’est pas dans les affres de l’agonie mais dans les douleurs de l’enfantement car notre société doit opérer des mutations de fond douloureuses, la moindre n’étant pas la mutation écologique.

    Et comment être aveugle aux signes apparus ces derniers mois, notamment au « réveil des consciences » opéré avec les manifs pour tous..? Comment ne pas voir tous ses jeunes talents qui se sont mobilisés et qui ne vont pas en rester là ?

    Je ne serai donc pas de ceux qui attendent la « divine surprise » (Maurras, juin 40) d’une agonie…mais de ceux qui veulent préparer le redressement avec les bonnes volontés de tous bords (De Gaulle, 18 juin 40).

    La République et la France vivront car l’erreur finit toujours par s’effondrer sur elle-même, comme le montre la déréliction socialiste actuelle qui n’est pas sans rappeler celle des démocraties populaires.

    Alors oui, osons le dire ensemble : Vive la République, vive la France !

  • Romain46
    16 novembre 2013 à 20:31 |

    PS. Lu dans Etienne Gilson « Pour un ordre catholique », réédition d’un recueil d’articles publiés dans les années 30 dans la revue Sept, qui vient de reparaître :

    « La France aujourd’hui se meurt d’avoir voulu se constituer en un Etat laïque (ndr. je dirais plutôt : laïciste)non seulement étranger mais hostile à toute culture religieuse…L’exemple de la Russie prouve qu’il est absurde de vouloir déchristianiser un pays sans le démoraliser…On ne renvoie pas Jésus-Christ sans mettre en même temps à la porte la morale de l’Evangile ».

    Plus que jamais actuel, non, M. Peillon ? Voici la cause de la grosse déprime française sous régime socialiste qui devrait réconcilier nos points de vue…Mais y a-t-il encore des gens à gauche et même à droite pour le comprendre ??