Tribune libre de Denis Parest : « L’Etat de droit, c’est terminé »

Publié le 21 janvier 2016 dans Actualités, Politique, Tribune libre

Tribune libre de Denis Parest : « L’Etat de droit, c’est terminé »

19 janvier 2016. La gendarmerie de Gironde perquisitionne « dans les milieux de l’ultra-droite » et découvre « un véritable arsenal » : une trentaine d’armes à feu et « deux cents kilos de munitions ». Une cinquantaine de gendarmes intervient chez deux personnes, le père (apparemment pas très sain d’esprit) et son fils, ce dernier ayant déjà eu maille à partir avec la justice (pour avoir jeté un cocktail Molotov sur une mosquée – c’est dire sa proximité avec les milieux islamistes). Père et fils ont été arrêtés et vont faire l’objet de mesures administratives ou judiciaires. Le bon peuple peut dormir sur ses deux oreilles, ces deux terroristes en puissance ont été neutralisés. Grâce à l’état d’urgence et au volontarisme du gouvernement hollando-vallsien.

Telle est la version officielle, celle qu’on a pu lire dans la presse ou sur la page Facebook de la gendarmerie. Mais les Cruchot du Libournais ont eu la mauvaise idée de publier quelques photographies de leurs prises de guerre (ci-contre). Et les images contredisent le discours.

gendarmerie-girondeLes armes confisquées ? Des fusils de chasse, quelques pétoires anciennes (on reconnaît sur les photos quelques armes de la deuxième guerre mondiale). Les armes de poing ? Des revolvers à poudre noire, dont l’acquisition et la détention sont libres. Bref, « l’arsenal » est une banale collection comme il en existe beaucoup (beaucoup trop pour le gouvernement), et l’affaire fait pschitt.

Fort heureusement, certaines de ces armes ne semblaient pas avoir été déclarées correctement. Ce n’est que ce défaut de paperasse administrative qui permettra à l’affaire de connaître une suite. Car bien que la gendarmerie se félicite de ce résultat, c’est en réalité un fiasco complet : des dizaines de gendarmes mobilisés pour un simple défaut de déclaration… Et cette affaire ne fait que grossir le bilan calamiteux de l’état d’urgence (plus de 3000 perquisitions, mais une seule mise en examen pour terrorisme…).

Nous l’avions dit dès le début de l’état d’urgence, et chaque jour qui passe le confirme. L’état de droit, c’est terminé. Le régime d’exception adopté au lendemain des attentats du 13 novembre, que l’on s’apprête à renouveler (et surtout à normaliser) permet d’inquiéter, de perquisitionner et d’arrêter n’importe qui sans motif. Quitte à ruiner ses victimes : une assignation à résidence ou une obligation de pointer pèsent lourdement sur la vie personnelle et professionnelle. Sans compter les fuites de la presse, qui respecte autant la présomption d’innocence que la vie privée. Harceler et ruiner l’adversaire, peut-être est-ce l’effet recherché. Mais c’est pour le Bien, et cela justifie tout.

Il est piquant de constater que, alors que cet état d’urgence fait suite à des attentats directement causés (n’en déplaise au gouvernement et à ceux qui préfèrent y voir une lutte métaphysique de l’Islam contre l’Occident) par l’implication de la France, au nom des droits de l’homme et de la Banque, dans des guerres étrangères pour des intérêts étrangers, ce même pays mène à l’intérieur une répression de plus en plus forte contre tout germe d’opposition, voire de tentative de réflexion (“Expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser”, a dit le premier ministre). Alors que le pays n’a jamais été aussi mis en danger (pression migratoire, économie laminée, destruction de l’éducation, démantèlement de la justice…) par ceux-là même qui prétendent le défendre, l’Etat n’a jamais autant réprimé ceux qui refusent d’être aveuglés et soumis. Que l’on se souvienne pourtant que cet accès d’autoritarisme est surtout le signe de l’agonie du système politique, et qu’à ces soubresauts incontrôlés de moribond succèdera une nouvelle ère. C’est en elle qu’il faut espérer.

Tribune libre de Denis Parest pour Infos-Bordeaux

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Les réactions sont terminées

  • JPS
    21 janvier 2016 à 19:50 |

    Cela vous étonne ? Vous voyez encore une fois qui sont les seuls à être inquiétés en France : des français… Le monde à l’envers continue…

  • 21 janvier 2016 à 22:07 |

    Cette histoire sentait dès le début le pétard mouillé avec les appellations journaleuses….. ULTRA Droite … Quelle bande de cons !
    Extreme droite …. Ultra droite … Super droite …ultra ultra droite …que vont ils inventer encore ….

  • Grégoire P.
    22 janvier 2016 à 20:33 |

    Que la maréchaussée et les journalistes doivent heureux de ce bilan époustouflant… Bref, soutien à Lavigne et fils et espérons qu’ils récupèreront leur collection. J’espère que nos gendarmes d’élites auront saisi toutes les kalach de France et de Navarre avant de se ré attaquer à des collectionneurs, même s’ils appartiennent à « l’ultra-droite ».
    C’est ça l’État d’urgence sous l’ère Socialiste : un avant goût de dictature…

  • STM
    24 janvier 2016 à 18:27 |

    On sait jamais, ils auraient pu se radicaliser en croisant des migrants et mettre la patrie en danger….