Tribune libre de Denis Parest : « Nuit debout, le crépuscule des bobos »

Publié le 20 avril 2016 dans Actualités, Politique, Tribune libre

Tribune libre de Denis Parest : « Nuit debout, le crépuscule des bobos »

N’appelez plus jamais Bordeaux « la Belle Endormie » ! Désormais, la capitale girondine a, elle aussi, son petit clan de veilleurs, cheveux longs et idées larges, qui, par un heureux hasard, occupe comme son homologue parisien la place de la République. Après le printemps républicain, la république est décidément bien sollicitée. La république, ou plutôt ce qu’il en reste, car, de son illustre ancêtre la République romaine, il ne subsiste plus guère que le nom.

Né à la suite des manifestations contre le projet de loi dit El Khomri, du nom d’un ministre du travail qui se caractérise par une remarquable ignorance de son sujet, le mouvement Nuit debout a toujours étonné. D’une part, par le fait qu’il est composé essentiellement de jeunes urbains qui, étudiants ou marginaux, à la charge respectivement de leurs parents et de l’Etat-providence , ne sont pas immédiatement concernés, beaucoup moins en tous cas que les salariés – à l’instar d’une manifestation d’étudiants ou de lycéens dont la conscience politique est un mauvais pastiche de celle de leurs profs. D’autre part, et par voie de conséquence, par le discours étonnamment décousu, voire franchement loufoque, de ses membres, que l’on se réfère aux « cahiers de doléance » publiés sur internet (pour un exemple de philosophie noctiloérectile iséroise), ainsi que par un langage corporel très… puéril.

signes-nuit-deboutL’on nous assure que le mouvement est spontané. A n’en pas douter, il l’est autant que le mouvement charlo-bataclaniste, dont les « Je suis Charlie » ou « Pray for Paris » se sont répandus comme une trainée de poudre après les attaques de janvier et novembre 2015. Ceux qui ne craignent pas de se voir taxer de complotisme se réfèreront avec profit à l’analyse de Thierry Meyssan, qui relève les étranges similitudes entre le mouvement noctiloérectile et les révolutions de couleur qu’ont connu de nombreux pays, dont il est advenu, dans le meilleur des cas, un coup d’Etat au profit du clan atlantiste, dans le pire une guerre civile – pour le plus grand profit du même camp.

Alors quel sera notre lot ? Coup d’Etat sanglant ou guerre civile meurtrière ? Probablement ni l’un ni l’autre, mais le renforcement et la pérennisation du « coup d’Etat permanent » qui, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, n’a cessé d’asservir le pays à la domination du capitalisme mondial. Coup d’Etat permanent consubstantiel au système démocratique français, dialectique bipartisane de façade dont les belligérants s’accordent sur l’essentiel.

Les naïfs auraient pu croire qu’après un Sarközy ultra-impopulaire et un Hollande haï, la relève politique allait se faire jour. Le système est trop bien huilé. Après la castration du Front National, condamné à rentrer dans le rang sous la houlette du chevènementiste Philippot, c’est au tour de la gauche de connaître sa Nuit de Cristal : « Nuit debout » ne servira qu’à neutraliser la gauche en la subordonnant à tout ce qu’elle peut compter d’idiots utiles, de tribuns crétins et de rêveurs camés. Pour le plus grand profit des asociaux démocrates, Emmanuel « Call-M€-Roth$child » Macron pour la gauche et Alain « Al1 JuP » Juppé à droite.

Il y a quelques mois, un sondage montrait qu’une forte minorité de français espérait « un gouvernement d’experts ». Que les gens se rassurent, le pouvoir de la finance mondiale est en voie de leur donner entière satisfaction.

Tribune libre de Denis Parest pour Infos-Bordeaux

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Les réactions sont terminées

  • Damien Lamarre
    22 avril 2016 à 12:39 |

    Très bonne analyse, merci Denis Parest