Tribune libre de Thierry Breton : “Rendez-nous la messe”

Publié le 24 avril 2020 dans Actualités, Tribune libre

Tribune libre de Thierry Breton : “Rendez-nous la messe”

« Rendez-nous l’Ecriture, le catéchisme et la messe » s’exclamait Jean Madiran le 27 octobre 1972 dans une réclamation adressée au pape Paul VI. Près de cinquante ans plus tard, les catholiques français n’adressent pas leur supplique au Saint Père, mais à leurs évêques et à leurs prêtres. Le scandale de la messe interdite, décidée arbitrairement par le gouvernement, a suffisamment duré.

Inutile de revenir sur la base légale de cette interdiction, la loi n°2020-290 du 23 mars 2020 et son décret d’application, qui viole tous les principes du droit. Contrairement au casque à pointe, ces derniers sont faits pour que ceux qui s’en réclament, du soir au matin, s’assoient dessus.

A l’heure des métros et des tramways bondés en région parisienne, malgré le confinement, l’argument des mesures de distanciation sociale n’est plus seulement ridicule, il est odieux. A la veille du retour des enfants dans les crèches, les garderies et les écoles, l’antienne de la prudence sanitaire relève du sophisme le plus indécent. Après des semaines au cours desquelles les supermarchés, contrairement aux églises, sont restés ouverts, quel évêque et quel prêtre osera encore dire à ses ouailles, à la suite de Saint Matthieu, que « L’homme ne vivra pas de pain seulement. » ?

« N’ayez pas peur ! » Combien de fois nos évêques et nos prêtres ont-ils repris, en chair ou ailleurs, l’apostrophe lancée le 16 octobre 1978 par le pape Saint Jean-Paul II aux catholiques du monde entier. Un appel resté lettre morte. Nous avons tous peur. J’ai peur. Nos évêques ont peur. Nos prêtres ont peur. Les catholiques ont peur.

L’histoire, qui n’oublie rien, retiendra que les catholiques français auront davantage tremblé devant l’inconsistant président Macron que les catholiques polonais face au terrifiant général Jaruzelski. L’obéissance n’est pas la servilité. L’Eglise ne peut pas indéfiniment être du côté de Créon contre Antigone. Lorsque les frontières de l’inacceptable ont été définitivement franchies, il est plus que temps de redresser la tête. Et de dire « non ». Et de hurler : « ça suffit ! ».

Le 25 juillet 1593, le roi Henri IV a estimé que Paris valait bien une messe. En 2020, nos évêques et nos prêtres ne peuvent-ils pas considérer qu’une messe vaut bien une amende de 135 euros ? En fonction de leur réponse, ils entendront, ou pas, l’écho de Saint Luc : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »

Tribune libre de Thierry Breton pour Infos-Bordeaux

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