Jean Paul Garraud : « J’ai voté Marine Le Pen au second tour »

Publié le 16 janvier 2019 dans Actualités, Politique

Jean Paul Garraud : « J’ai voté Marine Le Pen au second tour »

Comme nous l’avions annoncé, l’ancienne figure des Républicains a quitté son parti et sera en position éligible aux prochaines élections européennes sur la liste du Rassemblement national. Ce dernier a été durant dix ans (de 2002 à 2012) député UMP de Gironde. L’invention du collectif de La Droite populaire, c’est lui. Président de l’Association professionnelle des magistrats, il était jusqu’à ces derniers jours, avocat général près la cour d’appel de Poitiers. Dans un entretien au journal Minute, dont nous publions quelques extraits, Jean Paul Garraud explique pourquoi il quitte le parti dirigé par Laurent Wauquiez et annonce qu’il a voté pour Marine le Pen au second tour des dernières élections présidentielle.

« Minute » : Pourquoi avez-vous décidé, aujourd’hui, de figurer sur la liste du Rassemblement national, alors que la proposition vous avait été faite lors des régionales de 2015 et que vous l’aviez déclinée ?

Jean-Paul Garraud : Tout d’abord j’étais magistrat en exercice, mais vous me direz que j’aurais pu demander ma mise en disponibilité, ce que j’ai fait cette fois. Ensuite, il m’avait semblé que ce n’était pas le scrutin qui convenait si l’on voulait faire avancer les choses, c’est-à-dire si l’on voulait œuvrer pour le redressement de la France. Et puis, disons-le, je croyais encore pouvoir être agir utilement au sein de ma famille politique. J’ai dû faire le constat qu’il n’en serait rien, que le système est figé, bloqué, et que malgré la détermination de nombre de personnes valeureuses, rien n’avance.

En conséquence, dans une totale fidélité à mes idées, voyant que rien n’aboutissait et que la gauche était toujours au pouvoir, j’ai décidé de m’investir ailleurs, là où les perspectives, non pas de carrière – j’ai hélas passé les soixante ans –, mais de voir les idées qui sont en fait celles que j’ai toujours défendues et que ma famille politique a abandonnées, ont une chance de l’emporter, donc d’être mises en œuvre pour le bien de la France et des Français.

Je vous rappellerai d’ailleurs que, en 2012, j’avais déjà un des rares à oser dire que nous – nous, à l’époque, c’était l’UMP – partagions des valeurs communes avec le Front national, et que Alain Juppé s’en était bien entendu offusqué et ne m’avait pas soutenu pour les législatives, ce qui m’avait coûté ma réélection, alors que je venais d’accomplir deux mandats sans avoir, me semble-t-il, porté tort de quelque manière que ce soit à notre famille politique, au contraire.

En 2017, vous vous représentez, vous êtes battu au premier tour et, au second tour, vous n’appelez toujours pas à voter pour la candidate du Front national…

Certes, mais je n’ai pas non plus participé à « l’union sacrée » contre le FN. J’ai refusé de participer à cela et je l’ai dit, et n’ai pas appelé non plus à voter pour le candidat socialiste devenu fort opportunément En Marche !, ce qui a été interprété, fort justement au demeurant, comme une sorte de blanc-seing donné aux électeurs qui avaient eu l’amabilité de m’accorder leur suffrage au premier tour – et dont, au demeurant, je ne suis pas maître – de faire selon leur conscience…

Je ne pouvais pas aller plus loin car, à l’époque, j’étais un responsable LR, et, dans le climat particulier consécutif, d’abord, à l’élimination de François Fillon, pour lequel j’avais mené campagne jusqu’au bout dans le climat que vous savez, ensuite à l’élection d’Emmanuel Macron, je n’aurais fait qu’ajouter au trouble des militants à l’égard desquels j’avais des responsabilités.

En revanche, lorsque François Fillon, sitôt éliminé, a appelé à voter pour Emmanuel Macron, les bras m’en sont tombés et j’ai immédiatement pris le contrepied. Je dois être le seul élu de Gironde et un des rares au niveau national à avoir fait savoir que je ne voterais en aucun cas pour Emmanuel Macron au second tour.

Et vous êtes resté chez vous ? Vous avez voté blanc ?

J’ai voté pour Marine Le Pen.

A vous entendre, ce n’est pas vous qui avez changé, c’est votre parti ?

Ma présence sur la liste du Rassemblement national correspond en effet aux convictions politiques que j’ai toujours défendues et que LR ne défend plus.

En fait, parallèlement, il y a une double évolution : celle de LR et celle du FN. Celle de LR a été calamiteuse, marquée par des divisions profondes et durables résultant, entre autres, de la primaire où les soutiens au candidat élu, François Fillon, par des candidats battus n’étaient que de façade – ceux-là n’œuvraient en fait que dans un seul but : sa défaite –, marqué aussi, ce qui est beaucoup plus grave encore, par une absence de ligne politique.

A l’heure où je vous parle, à LR, on ne pense qu’à une chose : l’après-Wauquiez. Tout un chacun, à commencer par tous ceux qui se sont recentrés, trouvant Wauquiez trop à droite, estiment que c’est plié pour les européennes et s’activent pour le débarquer sitôt le scrutin passé.

Quant à Laurent Wauquiez, il est pris dans une contradiction interne, car on ne peut pas à la fois tenir le discours qu’il tient et refuser toute alliance avec le Rassemblement national ou Debout la France, qui tiennent un discours très proche des idées qu’il dit être les siennes. Sauf à se plier, une fois de plus, à la « stratégie Mitterrand » de division de la droite pour l’empêcher de reconquérir le pouvoir.

L’autre évolution, c’est bien entendu celle du FN, devenu RN, et qui va bien au-delà du changement de nom. Le Rassemblement de la nation, c’est évidemment cela qu’il faut faire ! Cela dépasse largement les clivages partisans, car la droite n’a évidemment pas le monopole du patriotisme, et je ne vois plus aucune position extrémiste au Rassemblement national qui serait de nature à rebuter quelque patriote que ce soit.

Or, et cela répond aussi à votre première question, ce n’est que par le rassemblement que l’on gagnera les élections, et il faut les gagner car notre pays ne peut plus attendre. Il y a un climat quasi-insurrectionnel et c’est dans les urnes que cela doit se régler. Jérôme Rivière, avec qui j’avais siégé à l’Assemblée, avait été précurseur ; avec Thierry Mariani, nous ouvrons un peu la brèche. Il faut maintenant faire sauter complètement la digue.

Au vu de votre expérience dans votre métier de magistrat, que pouvez-vous dire de l’importance de l’immigration dans les atteintes à la sécurité des personnes et des biens ?

Il y a bien entendu des Français de souche qui sont des délinquants épouvantables, mais ma clientèle de tous les jours, si je puis m’exprimer ainsi, est composée à 70 % de populations venant d’Afrique du Nord ou d’Europe de l’Est, et qui, en plus, sont des multirécidivistes. A ce propos, il faut savoir que 90 % des audiences ont à juger des gens avec des casiers judiciaires fournis. Ce sont toujours les mêmes !

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